24.06.2008
Réunification de la Normandie : une exigence de bon sens
Séance plénière du Conseil Régional de Haute-Normandie du 23 juin 2008
Débat de politique générale
Intervention de Gilles Arnaud et Bernard Touchagues, groupe Front National
Monsieur le Président, mes chers collègues,
On ne peut que regretter la divulgation tardive du rapport EDATER sur les évaluations des effets d’une fusion de la région Haute et Basse-Normandie, disponible depuis janvier 2008, mais qui n’a été porté à la connaissance des élus et du public que fin avril pour la Haute-Normandie et vendredi dernier pour la Basse.
Je comprends bien que des intérêts localistes de certains adversaires à la réunification auraient été mis à mal si les conclusions de ce rapport avaient été connues avant les élections municipales et cantonales. Mais c’est encore six mois de perdu pour ce qui est désormais une évidence. La Normandie doit être réunifiée. Pour certains, cela ne fait que 40 ans qu’ils le répètent, mais force est de reconnaître que cette étude impartiale, professionnelle, détaillée contrairement à ce qu’on entend ici ou là, leur donne raison.
Pour mettre fin à la discussion stérile de petits intérêts personnels, prenons « les effets négatifs et les risques » soulevés par le rapport EDATER… afin de mieux les balayer.
Premier risque, ouvrez les guillemets « le risque de voir s’éloigner les services administratifs de leurs bassins de vie. En effet, certains citoyens lambda – je cite toujours – ne sont pas en mesure d’évaluer en quoi la fusion des deux Conseils Régionaux va permettre de développer la Région économiquement parlant et offre – je cite encore – des retombées positives pour les habitants (augmentation de la croissance, baisse du chômage, élévation des niveaux de qualification…) », fermez les guillemets. Outre le fait que c’est faire insulte au citoyen lambda – regardez les lambdas irlandais –, tout cela relève de la communication. Nos deux demi-régions, en 4 ans, ont fait exploser leur budget communication, multipliant les rendez-vous, les publications, les points presses pour défendre des politiques parfois beaucoup plus absconses que les bénéfices de la réunification ! Je n’ai aucune inquiétude quant à votre capacité à communiquer l’utilité de la réunification, pour peu que vous en soyez convaincu, et le rapport EDATER vous donne tous les éléments pour cela !
Deuxième risque pour EDATER : les évolutions démographiques. C’est pour nous, un contre-sens. Si nos jeunes quittent la Normandie, si il n’y a pas assez d’emplois supérieurs, c’est que les centres de décisions, les sièges sociaux, les entreprises qui les créent, n’ont aucune raison de perdurer dans deux demi-régions insignifiantes, vues de Paris ou de Bruxelles. Que la Normandie reprenne sa dimension historique, retrouve l’unité qui fait sa renommée internationale et nous verrons les sièges sociaux revenir avec leurs cadres, comme l’indique d’ailleurs ce même rapport en page 193, estimant que la réunification engendrerait , ouvrez les guillemets, « un fort niveau de certitude en matière de capacité à attirer les entreprises ».
Troisième argument, si l’on veut, le coût soit-disant élevé de la fusion. 15 millions d’euros pour la fourchette haute. Permettons nous de sourire à ce chiffre. EDATER ne doit pas avoir connaissance de vos coopérations décentralisées, de vos antennes séparées à Bruxelles, de la politique de la ville… Bref, j’en passe, et de meilleures. Et pour une fois, que seraient 15 millions d’euros, alors que ce rapport EDATER estime que la réunification élèveraient le PIB de la Normandie, et donc corollairement les recettes fiscales, d’un demi-point. Oui, un demi-point de PIB, c’est à dire dans le contexte économique actuel, environ 30 % de croissance additionnelle !
Quatrième argument, la fiscalité. Là, nous devons vous reconnaître un train d’avance, et il n’y a en pas beaucoup, des trains en avance, en Normandie. Vous avez déjà réunifié la Normandie, puisque les contribuables normands sont ceux qui sont le plus matraqués fiscalement ! Premier et deuxième rang, selon les années, mais toujours en tête.
Enfin, le choix de la capitale. C’est à l’évidence l’argument dont se serviront les adversaires de la réunification. Des solutions existent, notamment au travers de Normandie-Métropole et d’un réseau de villes moyennes de Normandie. Pour ne pas déséquilibrer les transferts d’emploi, on peut aisément imaginer un scénario ou Caen serait la capitale politique, Rouen la capitale administrative, Le Havre la capitale sociale, Évreux la capitale touristique, Cherbourg la capitale militaire, Alençon la capitale économique et multiplier ainsi les rôles pour ces 16 agglomérations de première importance qui font le maillage de la Normandie. A l’heure des nouvelles technologies, les inconvénients attribués il y a un instant à cette solution semblent appartenir à un autre siècle. Tout est une question de volonté, notamment celle de travailler ensemble. Je ne doute pas que les nouveaux maires de Caen et de Rouen se mettront d’accord…
Je devrais maintenant vous développer les points positifs de la réunification mis en avant par ce rapport EDATER. Mais ce serait en relire quelques 190 pages, tant cette étude est laudative et vous savez que le temps m’est compté. Résumons les plus flagrantes :
•Atteinte de la masse critique européenne,
• Meilleure résistance face à l’attractivité du grand nord, du grand ouest, et de l’Ile de France,
• Cohérence de la réalité politique et administrative de notre région avec cette Normandie dont la notoriété est mondiale,
• Indicateurs macro-économiques nettement meilleurs que la somme de ceux des deux demi-régions,
• Effets bénéfiques d’importants effets de seuils enfin atteints et dépassés,
• Tissu économique plus équilibré,
• Emergence plus grande des pôles d’excellence
• Facteur déclencheur du renforcement des liens économiques et suppression de la concurrence des territoires,
• Effets positifs sur toutes les politiques régionales,
• Economies en tous genres…
Etc.
Ce rapport EDATER, outre qu’il soit un véritable plaidoyer pour la réunification de la Normandie, contient aussi une mise en garde, et nous en sommes conscients. Réparer les erreurs du passé, cicatriser les plaies laissées par la division mettra du temps. C’est pourquoi il faut rapidement mettre en place une véritable méthodologie qui nous conduise enfin, sans à-coups mais sans mollesse, à l’indispensable réunification. Il n’est plus urgent d’attendre comme on a trop longtemps voulu nous le faire croire. Il est au contraire urgent d’envoyer un signal fort et de mettre au plus tôt le processus de la réunification en marche.
Il est une phrase en page 192 de ce rapport qui m’a sérieusement inquiété : la Normandie, réunifiée, serait au sixième rang des régions françaises. Il y a encore dix ans, une étude plaçait la Normandie réunifiée au 5ème rang seulement. Plus nous attendrons pour la réunifier, plus notre région sera marginalisée dans le paysage socio-économique français et plus il lui sera difficile de décider de son avenir. En un mandat et demi, nous avons en quelques sortes, déjà pris « une région de retard ».
Cette question de la réunification transcende tous nos partis politiques. Elle est déjà souhaitée par 65% des Normands et ils seraient certainement plus nombreux s’ils étaient loyalement informés de ses enjeux, notamment sur la base de ce rapport. Le bon sens, disait Descartes est la chose du monde la mieux partagée. Dans notre région, il semble être la chose la plus évitée pour des raisons qui n’appartiennent qu’à ceux qui le trouvent contraire à leurs intérêts personnels.
Après la publication de ce rapport, rien ne peut plus justifier votre attentisme ni votre façon de botter en touche, c'est-à-dire en direction de l’Etat. Le temps des études est maintenant révolu et leur conclusion est sans appel. La Normandie doit être réunifiée. C’est à vous et au Président de la région de Basse Normandie qu’il appartient de le signifier à l’Etat et d’obtenir son approbation et sa participation active à ce processus. Il n’appartient qu’à vous d’être des élus véritables de la véritable Normandie et de faire en sorte que cette mandature de demi-région soit enfin, comme nous le réclamons depuis trop longtemps, la dernière.
Je vous remercie
14:29 Publié dans Conseil Régional | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : réunification, normandie, rapport edater, région haute normandie, région basse normandie, front national
22.10.2006
Vers une soviétisation de la Haute-Normandie ?
Session plénière du 23 octobre 2007
Débat d'orientation budgétaire
Intervention de Bernard Touchagues, Président du Groupe Front National
Monsieur le Président.
Je dois avouer que deux expressions me sont venus à l’esprit à l’issue de la lecture du document d’orientation budgétaire que vous nous nous proposez de commenter ce jour. Elles suffisent je crois à en caractériser le contenu :
Querelle politicienne, et brouillard normand.
Que vous vous livriez à la première est un comportement qui n’offre d’intérêt que relativement à votre ambition personnelle, et je me permettrai simplement de rire de la maladresse et de la mauvaise foi avec lesquels vous vous livrez à cet exercice s’il n’était nuisible à la bonne gestion et à la crédibilité de notre région. Après avoir critiqué le prétendu désengagement de l’Etat dans le financement des grands projets régionaux, vous concluez votre introduction en osant affirmer : " Quelle que soit l’issue de la négociation du CPER - pour la période 2007 - 2013, - la Région, dans le cadre du " 276 ", sera en mesure de répondre aux espérances de ses habitants et de relever les défis futurs à l’horizon 2015 ". Il faut donc en conclure que les 376 millions d’Euros que vous propose l’Etat ne serviraient, si vous consentiez à les accepter, qu’à financer des dépenses inutiles. Dès lors, la suggestion que je vous ferai, Monsieur le Président, si vous voulez vraiment répondre aux espérances des habitants de la Région, c’est d’accepter, même en faisant la grimace, ces modestes 376 millions d’Euro, et d’alléger d’autant les impôts régionaux que vous envisagiez de lever durant les 4 ans qu’il vous reste à faire à la tête de notre institution
Quand au brouillard normand dans lequel vous nous perdez chaque année un peu plus, il se densifie proportionnellement au nombre de schémas que vous élaborez, et à l’usage que vous faites du mot " structurant ", qui semble cette année avoir pris le dessus sur le mot durable dans le hit parade du vocabulaire politiquement correct et soporifique de la région Haute Normande.
Ce brouillard vous est bien utile pour cacher deux choses :
Premièrement, l’absence d’un véritable projet Haut Normand. 6, 8, 10 schémas ne font pas un projet, pas plus que des dizaines voire centaines d’actions qualifiées de structurantes.
Secondement, ce brouillard vous sert à cacher la réalité des principes idéologiques qui orientent toute votre action.
L’absence d’un véritable projet haut normand trouve sa démonstration dans l’application que vous mettez à décrire le désendettement dont votre bonne gestion ferait bénéficier notre région. Vous ne manquez pas une occasion de parler de la maitrise du budget de fonctionnement, de la renégociation de la dette et de l’augmentation de l’épargne brute (qui a d’ailleurs plus progressé entre 89 et 97 qu’entre 98 et 2006). Mais vous ne commentez jamais le fait que le niveau d’investissement de notre région n’ait pas augmenté depuis 1997 en euro constants.
Permettez moi de considérer que les réalisations concrètes que vous annoncez pour 2007 restent bien en deçà des espérances des habitants de la Haute Normandie et ne semblent pas être en mesure de leur permettre de relever les défis futurs : reconstruction de 2 lycées, achat de 12 nouvelles rames pour le réseau TER, ouverture toute partielle de la Cité des Métiers, quelques outils administratifs biens virtuels encore à l’usage des entreprises. C’est tout.
Monsieur le Président, bien gérer, ce n’est pas réduire une dette. c’est au contraire savoir s’endetter, c’est à dire décider d’investissements lourds dont on sera largement payé en retour. C’est ce que vous n’avez pas su faire depuis 8 ans, et que vous nous proposez de ne pas faire encore l’année prochaine.
Cachant cet absence de parti pris d’entrepreneur, le brouillard dans lequel sont noyés vos orientations budgétaires cachent en revanche des partis pris politiques qui semblent constituer votre seule préoccupation. Ils sont au nombre de trois.
Premièrement : Augmentation de la pression fiscale. Notre région est toujours, et de loin, celle dont la fiscalité directe par habitant est la plus élevée. Cela ne changera pas en 2007. Pire, vous proposez d’accroître la fiscalité indirecte en augmentant de 10% la taxe sur les cartes grises, et vous avez déjà fait voté par cette assemblée l’instauration de la TIPP régionale que votre document d’orientation oublie de mentionner. Ceci, nous le signalions en nous opposant à cette décision, sans avoir la moindre idée de l’usage que vous feriez des sommes ainsi confisquées au contribuable.
Deuxièmement : Mise sous tutelle de toute activité économique, sociale ou culturelle. Votre empressement à finaliser un SRDE l’a bien mis en évidence, il s’agissait pour vous, et le rapport suivra, quelle que soit l’imprécision de la démarche et son coût additionnel, de mettre la main sur de nouvelles subventions. Votre action semble répondre à un objectif clair : faire que toute entreprise de notre région, quelle qu’en soit l’objet, ne soit viable qu’à la condition de percevoir des subventions de votre main. Vous rêvez d’une région d’assistés. Cela vous conduit étrangement aujourd’hui à développer une activité de private equity envisagée même dans le secteur associatif.
Troisièmement : Augmentation du fonctionnariat déguisé. Les emplois tremplins, votre politique culturelle délaissant le patrimoine au profit du " spectacle vivant ", votre politique sportive même démontrent que rien n’est assez coûteux pour vous assurer une clientèle de plus en plus reconnaissante et débitrice, du moins l’espérez vous, électoralement.
Augmentation de la pression fiscale, mise sous tutelle de toute activité économique, sociale ou culturelle, augmentation du fonctionnariat déguisé, voici quels sont les trois axes véritablement structurants de votre action à la tête de notre demi - région. Monsieur le Président, il s’agit là d’une forme de totalitarisme régional qui n’a rien à envier à celui que pratiquait le monde soviétique, de triste mémoire, et vous n’êtes pas sans le savoir.
Signe troublant de ressemblance, comme en témoignera le rapport sur la décentralisation de la commande publique de l’AFPA que nous verrons tout à l’heure, votre souci désormais obsédant, de marquer votre territoire en déposant le logo de la région au pied de chaque panneau d’indication de travaux qui se plante dans nos villages et au coin de chaque carton d’invitation qui y circule. Le SRADT que vous nous préparez, comme tous les schémas votés à ce jour, ne semble pas avoir d’autre finalité.
Monsieur le Président, dans l’intérêt des Hauts Normands qui payent au quotidien et payeront demain plus encore le vide de votre politique et les impasses de votre idéologie, nous ne saurions trop vous conseiller de songer à une réorientation. Budgétaire, dans un premier temps, cela s’entend.
Je vous remercie.
23:50 Publié dans Conseil Régional | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : le vern, budget 2007, région haute normandie, front national, subventions


