22.10.2007
Les vaches regardent-elles passer les trains ? en Normandie, bientôt plus...
Séance Plénière du Conseil Régional de Haute Normandie du 22 octobre 2007
Déclaration de politique générale de Yves Robert, Conseiller Régional Front National
Monsieur le Président, Chers collègues…
Tous les media s’accordent à dire que la saison touristique alsacienne a été sauvée par… le TGV. Ce n’est pas en Normandie que l’on pourra faire le même constat… Non seulement nous n’avons pas de ligne ferroviaire rapide, mais la SNCF va fermer 262 gares de fret dans l’Ouest, dont une grande partie en Normandie. Ce sera un coup d’arrêt à la dynamisation des ports de la Manche comme Cherbourg, Le Havre ou Rouen, et une sur-saturation de notre réseau routier qui devra absorber les camions qui remplaceront une partie des trains de marchandises qui ne rouleront plus… avec tous les risques d’accident, de pollution, et de délocalisation que cela entraînera, immanquablement.
Il est en effet évident que des entreprises qui ne peuvent plus acheminer leurs produits ne resteront pas enclavées, et chercheront d’autres points de chute mieux desservis. Elles quitteront donc la Normandie. Les Normands, eux, resteront, mais au chômage. Les commerces de proximités sans clients, les services publics que l’on juge insuffisamment rentables ne tiendront pas longtemps non plus.
On ne soulignera jamais assez le rôle néfaste de la SNCF en Normandie, que ce soit par la Direction elle-même ou les syndicats qui y sévissent. La récente grève, à peine terminée, est la parfaite illustration que la notion de " service public " y est parfaitement méconnue, voire bafouée.
La SNCF n’a cure des lignes régionales, qu’elle sacrifie sur l’autel de la rentabilité des TGV. La Normandie ne l’intéresse pas car il n’y aura jamais de TGV en Normandie. Les solutions alternatives comme le développement du train pendulaire, une réflexion sur l’optimisation du fret ne verront jamais le jour en Normandie. Que cela entraîne la disparition des sièges sociaux, freine considérablement le développement de Port 2000 et de Cherbourg, la direction de la SNC n’en a cure.
Pourrait-on compter sur les syndicats pour défendre la notion de service public ? Bien sûr que non. Leur seule préoccupation est de défendre bec et ongles un système inique que 77% des Français veulent voir réformer. Il est vrai que si la représentativité de ces syndicats jaillissait des urnes au lieu d’être imposée par l’article L.412-4 du code du travail, nous n’en serions pas là.
Des exemples concrets ?
• n’est-il pas vrai que la ligne Oissel-Serquigny n’a jamais été électrifiée, car les machinistes du dépôts de Oissel sont en majorité des dieselistes, et que leurs droits acquis, leurs spécificités, leurs capacité de nuisance surtout font que le projet d’électrification ne sortira pas des cartons avant longtemps ? Ce n’est pas très grave, ce n’est que le quart de la ligne Rouen-Caen !
• n’est-il pas vrai que les conducteurs de TGV, une fois à la retraite à 55 voire 50 ans, se font embaucher par une filiale off-shore de la SNCF pour travailler sur les lignes TGV vendues à l’étranger, et cumuler ainsi des salaires à 7 ou 8000 euros avec une retraite plus que confortable perçue en Métropole ?
• n’est-il pas vrai que sur une même distance, un affrètement allemand n’emploie que 2,5 salariés alors qu’il en faut plus de 30 à la SNCF ?
Et ce sont ces gens-là qui prennent des millions de clients en otages ? Et ce sont ces gens-là qui font perdre des journées de salaires à des smicards ? On comprend pourquoi il n’y a pas de " clients " pour la SNCF, juste des " usagers ". Le client a normalement droit à un service en contrepartie de l’argent qu’il donne ! L’usager n’a que le droit de se taire !
Il se trouvera toujours de bonnes âmes pour dire que les syndicats sont importants. On pourrait aussi dire qu’ils comptent, et beaucoup même, vu les développements brumeux de l’affaire de la caisse noire de l'Union des Industries et des Métiers de la Métallurgie et les déclarations fracassantes d’Yvon Gataz, l’ancien patron des patrons. La lutte des classes est revisitée, c’est désormais la lutte du pot de terre contre le pot de vin…
Nous serions tentés d’exiger que toute la lumière soit faite sur cette affaire, mais après le scandale de la CCAS, le comité d’entreprise… d’EDG-GDF qui servait à financer la CGT, nous savons bien que la lumière n’est pas gratuite.
Quoi qu’il en soit, c’est toujours le normand qui trinque.
La désertification (rurale, industrielle, administrative, sanitaire…), elle, est sur les rails. Elle est même, depuis samedi, judiciaire puisque que Mme Dati vient de rayer d’un coup de plume deux tribunaux de grande instance à Bernay et Avranches, une quinzaine de tribunaux d’instance… C’est sans doute pour rapprocher la justice des victimes. À peine la moitié des victimes portait auparavant plainte, il est certain que cela va s’améliorer. C’est une méthode comme une autre pour réduire les chiffres de la criminalité…
Bref… Ce n’est plus de l’aménagement du territoire, mais du déménagement.
Je sais bien que la mode est au divorce, à droite comme à gauche, mais le seul qui nous préoccupe est celui qui se dessine entre le Pays légal et le Pays réel.
De fracture en rupture, la seule chose qui perdure, c’est l’usure… L’usure d’un système qui s’emballe, l’usure pratiquée fiscalement sur le dos de contribuables qui paient toujours plus pour toujours moins de services publics, de santé, de transports, de justice…
Faut-il d’ailleurs s’en étonner ? À force de jouer petits dans une mini-région, de jouer contre la Normandie, on regarde passer les trains… chez les autres !
Je vous remercie.
22:05 Publié dans Conseil Régional | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sncf, tgv, normandie, cgt, rail, dati, désertification


