20.10.2008

Cadencement, crise financière, deux urgences pour notre région

Séance plénière du Conseil Régional de Haute-Normandie du 20 octobre 2008
Débat de politique régionale
Intervention de Bernard Touchagues, groupe Front National

Monsieur le président, mes chers collègues,

 

Nous allons traiter deux questions d’actualité dont nous vous demandons de bien vouloir considérer dans les jours à venir le caractère d’urgence et d’importance.

 

La première concerne les transports ferroviaires régionaux de voyageurs et plus particulièrement le cadencement dont la mise en place est toujours prévue officiellement pour le 14 décembre 2008

 

Dans vos propositions d’orientations budgétaires pour 2009, vous rappelez que « l’objectif du cadencement est la lisibilité des horaires afin de favoriser l’utilisation du train, tout en adaptant le service aux besoins des usagers. » Ce qui, tout le monde en convient, est un objectif tout à fait louable.

 

Mais vous ajoutez, dans la phrase qui suit, la chose suivante : « C’est une opération majeure qui modifie en profondeur l’offre de transport ferroviaire, nécessitant un changement des habitudes des voyageurs, et donc qui doit être accompagnée dans sa mise en place »

 

La contradiction est troublante et inquiétante ! S’agit-il d’adapter le service aux besoins des usagers ou de leur faire abandonner leurs habitudes pour les rendre compatibles avec les nouveaux horaires ?

 

Sans que soit remis en cause l’intérêt général du cadencement, il faut admettre que pour les 3500 personnes qui prennent chaque jour le train en gare de Vernon, les horaires qui sont aujourd’hui annoncés signifient plutôt un profond changement de leurs habitudes, c’est à dire une inadaptation du service à leurs besoins réels.

 

Car les habitudes dont on parle ne sont pas des caprices de touristes, mais un rythme de vie le plus souvent subi, des rendez-vous imposés par la situation familiale, sociale et professionnelle de ces usagers.  Autour de l’horaire du train, il faut en effet considérer les horaires des crèches et des nourrices à qui l’on confie les plus petits, ceux des écoles où sont inscrits les enfants, les horaires de travail qui sont incontournables, ceux des commerces où l’on doit s’approvisionner pour le soir.

 

On ne peut dès lors admettre comme une adaptation au besoin des usagers, des trains qui partiront à des heures peu pertinentes et qui feront des arrêts plus nombreux. On ne peut admettre comme un progrès social un allongement sensible, voire très sensible de la durée quotidienne des déplacements des femmes et hommes, mères et pères de famille, qui travaillent à Paris, ajoutant à la fatigue d’une journée. On ne peut admettre comme une amélioration d’offrir un service de train de banlieue à des gens qui payent un tarif de grande ligne.

 

Le mécontentement de ces usagers face aux conséquences des nouveaux horaires prévus à Vernon n’est pas une question d’humeur ou un attachement capricieux à des habitudes infondées. Le considérer comme tel serait faire preuve d’un désintérêt coupable, voire de mépris, surtout lorsque par ailleurs on demande à ces contribuables de mettre la main à la poche pour alimenter les centaines de millions d’euros consacrés par notre région aux transports ferroviaires.

 

Comme l’écrit un usager lu au hasard des nombreux blogs qui traitent de ce sujet : « A quoi servent de magnifiques trains ultra modernes, dans lesquels les voyageurs seront bien assis, qui coûtent très cher, s'ils partent à des horaires totalement inadaptés aux élémentaires contraintes de travail et familiales ? »

 

La dégradation de la desserte ferroviaire de Vernon telle qu’envisagée aujourd’hui serait aussi un coup rude porté à l’attractivité de cette ville et de sa zone d’influence, qui participent au dynamisme économique de notre région et contribuent à sa richesse.

 

Je vous demande donc, Monsieur le Président, de faire preuve de détermination politique pour faire en sorte que la mise en place du cadencement dans notre région soit une bonne nouvelle pour tout le monde.

 

La solution technique est à portée de main, tout le monde le sait. Tout le monde sait qu’au mois de mars la grille des liaisons envisagées comportait entre parenthèse les heures possibles d’arrêt à Vernon de trains que l’on envisage aujourd’hui de rendre directs de Rouen à Paris. Il semblerait, à la lecture de certains courriers rendus publiques, que ce soit pour des raisons politiques et commerciales.

 

La solution passe donc par l’instauration de l’arrêt à Vernon de 3 trains existant déjà sur la grille envisagée : deux le matin et un le soir. Les 3500 usagers de Vernon comprendraient mal que l’on ne trouve pas le moyen de leur donner cette indispensable satisfaction.

 

La seconde question d’actualité que nous voulons aborder concerne la crise que traverse la société occidentale et que l’on dit être une crise financière. Elle est bien plus que cela en vérité. Elle est l’échec d’une économie mondialiste et de ses fondements malthusiens et libre-échangistes.

 

Si les dettes d’aujourd’hui sont les impôts de demain, les crédits d’aujourd’hui sont eux l’anticipation de la croissance de demain. Cette anticipation, ce pari sur l’avenir a une limite, cet équilibre instable entre réalité et virtualité à un point de rupture. Dans sa quête de croissance artificielle, le système économique libéral occidental les a franchis.

 

Pour éviter une catastrophe pourtant méritée, les gouvernements des principaux état occidentaux on soudainement trouvé des centaines de milliard d’Euros à consacrer à la préservation du système bancaire mondial.

 

Mais les établissements financiers sont suffisamment mal en point pour les consacrer essentiellement à consolider leurs fonds propres et non à soutenir l’investissement de l’économie réelle et ses besoins courts termes de financement, en particulier en ce qui concerne les plus petites entreprises.

 

Il est inévitable que cela aura à court et moyen terme des conséquences sur le développement sinon la survie de nombreuses PME dans toutes les régions de France. Compte tenu de la concentration des plus grands établissements banquiers, ce phénomène n’a aucune raison d’épargner notre région.

 

C’est pourquoi il nous semble urgent d’imaginer un dispositif permettant conjoncturellement de soutenir le tissu de PME de notre région.

 

Vous vous félicitez de la santé des finances de notre institution dont l’une des compétences essentielles concerne le développement économique et l’emploi. Un tel dispositif, reprenant l’esprit dans lequel vous avez décidé d’intervenir structurellement auprès de ces entreprise, dans le cadre de Normandie Capital Investissement par exemple, nous semble d’autant plus réaliste que la Décision Modificative du budget 2008 que vous allez nous proposer enregistre une diminution de plus de 40 M d’Euros du montant de ses investissements.

 

Nous vous demandons donc de mettre en place au plus vite un dispositif d’aide au  financement court et moyen terme à disposition des PME de notre région, sous forme d’avance de trésorerie remboursable dont le taux pourrait être indexé sur celui des emprunts que contracte notre institution ou / et sous forme de cautionnement auprès des banques.

 

Si nous votions le principe d’une telle aide lors de cette assemblée, celle-ci pourrait confier à la commission permanente de lundi prochain d’en finaliser les termes exacts envoyant ainsi un signe fort et encourageant à l’économie régionale et à l’ensemble de ses acteurs, y compris financiers pour la sauvegarde de nos entreprises et de nos emplois

 

Je vous remercie.

 

Commentaires

Monsieur Touchagues faudrait le mettre en Tract pour les vernonnais utilisant le Train

Ecrit par : Thibault | 21.10.2008

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