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30.09.2007

Maurice Allais, prône un protectionnisme économique régulateur

Extraits d’un interview de Maurice Allais, économiste libéral, Prix Nobel d’économie en 1988 - le Choc Du Mois N°15 - septembre 2007

Pour quelles raisons le protectionnisme a-t-il si mauvaise presse ? Serait-ce parce qu’il semble la réponse la plus appropriée pour faire face à l’absence de régulation à l’échelle d’un monde dominé par les grands groupes ?

L’hostilité dominante d’aujourd’hui contre toute forme de protectionnisme se fonde depuis soixante-dix ans sur une interprétation erronée des causes fondamentales de la Grande Dépression. Or, le protectionnisme en chaîne des années 1930 n’a été qu’une conséquence, et non une cause, de la Grande Dépression. Il n’a constitué partout que des tentatives des économies nationales pour se protéger de conséquences déstabilisatrices d’origine monétaire.

Le véritable fondement du protectionnisme, c’est la protection nécessaire contre les désordres et les difficultés de toute sorte engendrées par l’absence de toute régulation réelle à l’échelle mondiale. Il est tout à fait inexact de soutenir qu’une régulation appropriée puisse être réalisée par le fonctionnement des marchés tel qu’il se constate actuellement.

Quelles formes pourrait prendre ce protectionnisme ?

Sur le plan économique, il impliquerait notamment : une protection minimale des activités économiques, le principe étant que dans chaque secteur un pourcentage donné, par exemple 80 % de la consommation européenne soit assuré par une production européenne ; une protection minimale contre les désordres monétaires et financiers extérieurs à la Communauté européenne, ce qui implique notamment une profonde réforme des institutions monétaires et financières ; une protection minimale contre une immigration extérieure excessive et ses conséquences désastreuses ; le maintien d’une population active minimale dans l’agriculture et la pêche, car aucune nation ne peut survivre si elle ne resta pas profondément enracinée dans son sol, et si son autosuffisance alimentaire n’est pas assurée.

Vous qui avez appelé à voter non au référendum du 29 mai 2005 sur le traité constitutionnel européen, quelle forme constitutionnelle pourrait-on donner à l’Europe ?

L’organisation politique de l’ensemble des pays européens devrait à mon sens reposer sur une Confédération d’Etats souverains, confédération libérale, humaniste et démocratique préservant les intérêts fondamentaux de chaque nation. L’objectif essentiel étant de vivre ensemble dans des conditions respectant, dans ce qu’elles ont d’essentiel, les nations qui se sont lentement édifiées au cours des siècles.

Propos recueillis par François Bousquet

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